Avoir des idées pour améliorer le monde de l’immobilier est une chose; être en mesure de les mettre en place grâce à des mécènes en est une autre. Lors de notre présence au salon madrilène Property Portal Watch (PPW), nous avons écouté la motivation des investisseurs qui injectent de l’argent dans de jeunes pousses sur le marché des portails immobiliers. Retrouvez également la présentation des cinq startups repérées par le jury.

Quelles sont les principales motivations des investisseurs?

Avant de savoir sur quels critères les cinq startups ont tapé dans l’œil du jury, trois fonds d’investissement majeurs avec lesquels Simon Baker a l’habitude de travailler – dont Inception Capital – sont venus nous donner leur vision.

La taille du marché cible

La taille du marché à laquelle la solution va s’adresser compte dans le choix ou non d’investir. Autrement dit, l’ambition d’une startup à développer son produit jouera dans une potentielle levée de fonds. « Nous aimons investir avec une équipe passionnée qui comprend le marché », résume le responsable de Streamwood. Sans surprise, la confiance de l’équipe revient dans la bouche de chaque investisseur présent au PPW.

La barrière à l’entrée

Un atout primordial pour une startup réside dans la capacité à corriger un problème clairement défini. La barrière à l’entrée est essentielle, précise le représentant d’European. Une question s’impose en tant que startup : quels sont les avantages de la solution innovante que je propose et que mes (futurs) concurrents n’auront pas? C’est l’interrogation qu’un fonds d’investissement étudie, à savoir la plus-value supplémentaire dont l’équipe dispose sur un potentiel concurrent qui se lance(rait). Les analystes chercheront également ce qui a déjà été mis en place et ce qui sera difficile à copier.

Le product/market fit

Des fonds d’investissement se concentrent sur les technologies globales,  particulièrement sur la proptech en début de marché. Un product/market fit efficace s’impose. C’est-à-dire entrer dans un marché rémunérateur avec un produit qui peut satisfaire ce marché. Facile à dire, plus dur à trouver… Autre donnée à prendre en compte : investir passe par plusieurs étapes et ne peut se résumer à un one-shot.

Lorsque le projet devient viable économiquement, et avant de connaître une seconde levée de fonds, tout entrepreneur doit savoir que la transparence avec son investisseur facilite les relations. « Assurez-vous que tout soit clair pour nous », répète-t-on chez Streamwood, en insistant à nouveau sur l’importance d’avoir à faire à « une équipe honnête ».

Les 5 startups repérées par le jury

Govesta : un portail qui met les agences en avant

Né il y a seulement un trimestre en réunissant des anciens de Trivago et de CPC Expertise, Govesta a une proposition simple : offrir un moteur de recherche mondial pour les vendeurs et les acheteurs, tout en remettant le professionnel au cœur de la recherche. La startup vise pour chaque ville une clientèle internationale, et pour cela, elle va d’abord partir d’annonces situées localement pour ensuite les replacer à l’échelle d’une ville, puis d’un pays.

Là où ce « portail » se distingue, c’est par sa volonté de rediriger les internautes directement sur le site des professionnels. En effet, sur la plateforme, les annonces sont succinctes et dès qu’on veut en savoir plus, on est redirigé. Pour la jeune pousse, l’objectif est de rapprocher le vendeur et l’acheteur en créant un intermédiaire efficace, et surtout, qui ne génère pas de point de friction. Pour les fondateurs, il y a en réalité deux produits proposés par Govesta : le produit de listing, qui permet d’afficher ses biens; et le tableau de bord, permettant de surveiller l’efficacité de chacune de ses annonces.

Côté business model, Govesta charge en fonction du nombre de visiteurs envoyés sur le site du professionnel. Ce qui l’oblige à générer un trafic qualifié! Et pour cela, il évoque une de ses forces : son expertise dans la gestion des acheteurs étrangers.

La startup ambitionne de disrupter le marché de l’annonce immobilière en créant une plateforme qui met en avant la marque des agences et non d’un outil. L’idée est de permettre aux professionnels de l’immobilier de se sortir de leur dépendance aux portails en valorisant leur propre enseigne.

Actuellement, la principale problématique de la société repose sur l’éducation du marché à son principe. Pour y arriver, elle organise notamment divers ateliers pour se rapprocher de ses clients et leur apprendre à appréhender l’outil qu’elle leur fournit. Notamment pour tout ce qui concerne l’analyse de la qualité des leads.

Et sa principale force? Selon son porte-parole, c’est sa formule magique pour générer du trafic qualifié, en grande quantité.

Govesta 1

PropertyHeads : un réseau social pour tous les projets liés au logement

PropertyHeads se présente comme réseau social pour les acheteurs… mais pas seulement. L’objectif de la startup est d’apporter toutes les réponses aux problématiques du logement en un seul et même emplacement. En multipliant les points de contact, la plateforme espère ainsi drainer plus de trafic et qualifier précisément celui-ci.

Pour les professionnels de l’immobilier, le service est gratuit. Et il leur permet de fidéliser leurs clients et de les garder au chaud. En effet, il est possible pour l’agent de conserver une trace des actions de son client. Pour ce dernier, il se retrouve face à une seule et même interface, quelle que soit sa problématique (recherche d’un artisan, recherche d’un crédit…). On lui facilite donc son projet immobilier.

Côté business-model, le représentant de la startup explique que PropertyHeads dispose de nombreuses sources de revenus : la publicité traditionnelle des portails, le retargeting de certains internautes, des packs premium pour les professionnels (avec notamment des informations sur les comportements pour permettre aux agents de bien cibler les leads fournis) ou encore de la revente de données sur le marché immobilier.

Et côté résultat? La startup se targue d’envoyer en moyenne 60 leads qualifiés par jour aux agents clients.

P Heads

Beagel mise sur l’enchère immobilière dématérialisée

Beagel est une startup qui s’est positionnée sur le marché de l’enchère immobilière. La plateforme permet l’enchère de façon totalement dématérialisée, donc sans les contraintes de temps et d’espace.

Le concept est relativement simple : lorsqu’un agent liste une propriété sur la plateforme, un minisite dédié est créé. Le potentiel acheteur est alors invité à s’inscrire sur ledit minisite pour obtenir toutes les informations sur la propriété. Les enchères peuvent ensuite avoir lieu. Tout est pensé pour le confort de l’utilisateur, par exemple pas d’enchère à l’aveugle : si vous êtes en-dessous du prix, la plateforme vous le fait savoir.

Finaliste aux National Startup Awards pour la catégorie fintech en 2019, Beagel plane sur la verticale des enchères… mais les ambitions de la jeune pousse vont bien au-delà de ce qu’elle propose actuellement. Elle axe ses forces autour de la gestion de la donnée et de sa restitution. Forces qu’elle compte bien développer dans de nouvelles fonctionnalités. L’idée est de créer à terme des leviers de monétisation BtoB et BtoC et pour cela, elle va continuer à se rapprocher de la transaction, notamment en proposant un outil d’estimation pour se placer en amont du projet immobilier. Le représentant explique cependant qu’ils n’ont pas pour idée de se positionner sur le marché du particulier à particulier. L’objectif est de permettre à toutes les parties d’un projet, et surtout les professionnels, d’avoir plus de pouvoir et d’être valorisées. Notamment en fluidifiant la transaction et en remettant la confiance au centre du marché immobilier (par l’analyse et la restitution de données sur le marché immobilier).

Selon son fondateur, la majorité des transactions immobilières auront bientôt lieu de façon dématérialisée et la jeune pousse se voit bien avec non moins que 30 % du marché.

85 millions de ventes ont été facilitées, mais la startup ne prend que 50 euros par transaction. « On n’est pas encore rentable. » Pour l’instant…

Beagel

Emlak24 cible une solution élargie pour les expatriés turcs

Emlak24 vise les Turcs qui vivent à l’étranger. Les expatriés de ce grand pays représentent une diaspora de 20 millions de personnes. Un marché porteur avec un public qui a souvent un pouvoir d’achat relativement élevé pour acquérir une propriété.

La plateforme propose plusieurs portes d’entrée et d’outils pour accompagner les projets immobiliers et les professionnels. Emlak24 publie en huit langues principales ses listes de biens dénichés grâce à son large réseau de partenaires commerciaux.

« En 30 secondes, on récupère l’information des internautes et on est capable de faire correspondre leurs demandes avec des offres ou des professionnels sur le marché. On a plusieurs sources de revenus et aucune compétition dans notre secteur », prévient Dogan Gündogdu. Selon lui, les expatriés font confiance à Emlak24 du fait de la disponibilité de leurs agents.
« On va travailler avec un groupe puissant en Allemagne, qui va nous donner la traction. L’étape d’après, c’est de scaler. »

Après une première levée de fonds de 400 000 dollars, Emlak24 va lever à nouveau 600 000 dollars.

Emlak24

Conor Lyden chez Trustap (États-Unis)

Cette plateforme de transaction cible les professionnels de l’immobilier qui souhaitent développer leur offre commerciale en ligne auprès des clients situés à l’étranger. En somme, la startup souhaite faciliter les transactions immobilières dématérialisées et internationales. Et pour cela, elle va jouer le rôle de tiers de confiance et se charger de gérer le transfert d’argent entre les parties.

En tant qu’acheteur, vous pouvez suivre la transaction à chaque étape du processus. L’argent est gardé en sécurité jusqu’à ce que vous soyez satisfait. En tant que vendeur, Trustap s’engage à vérifier l’identité de l’acheteur. Vous serez en mesure de suivre quand l’argent a été envoyé pour poursuivre la transaction sans risque.

Trustap cherche à rassurer les deux parties afin de pallier le manque de confiance qui existe envers la clientèle étrangère. « Notre objectif est de sécuriser l’échange de monnaie dans les transactions online et en face à face », pointe Conor Lyden.

Actuellement 220 milliards de dollars seraient perdus chaque année en raison de ce manque de confiance, annonce l’un de représentants de la startup.

« Nous, on ne fait pas de la réaction, mais on permet de prévoir les problèmes. »

En améliorant la crédibilité des plateformes avec lesquelles Trustap travaille, la startup augmente les revenus de celles-ci en sécurisant des transactions qui ne se faisaient pas auparavant. Trustap couvre de nombreux marchés, tels l’automobile ou l’import-export, et pas seulement celui de l’immobilier.

Trustap

Au final ce que l’on peut retenir de ces startups immobilières c’est l’hétérogénéité des solutions qu’elles proposent. On peut voir que ces jeunes pousses se positionnent toutes sur différentes problématiques, et qu’en fonction de la maturité de leur marché ces solutions sont radicalement différentes. Les startups se positionnant sur un marché matûre sont dans une optique de segmentation et de réponse à une problématique précise, tandis que celles s’adressant à des marchés plus « jeunes » vont avoir tendance à se positionner plus largement sur le marché.

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Arnaud Hamzaoui

Article rédigé par Arnaud Hamzaoui

L'un des anciens chez Immobilier 2.0, on l'a formé sur les bancs de l'école! Arnaud est responsable de la section Actualités et veille sectorielle. C'est lui qui déniche les dernières news de l'industrie immobilière et qui les compile. Il s'occupe aussi de la rédaction d'a ... Lire la suite