Comme beaucoup d’entre vous doivent le savoir, une bonne partie de la profession immobilière discute depuis plus d’un an autour du lancement d’un site Internet de petites annonces immobilières, en commun. Hier soir, c’était la soirée de présentation de ce nouveau site. Après de longues discussions et d’heures de développement, Jean-François Buet, président de la FNAIM, parle d’un « lancement historique »! Mais qu’en est-il vraiment? Que trouve-t-on dans ce site? Quelles sont les ambitions? Les bénéfices, les risques et les enjeux? Combien ça va vous coûter en tant que professionnel? On essaie de faire le point ici.

Les ambitions de la profession

18 acteurs de la profession se sont regroupés pour lancer le site Bien’ici. En les écoutant, on ressort plusieurs ambitions :

  • Proposer de nouveaux services et être acteurs du changement;
  • Innover et tenir compte des attentes des consommateurs;
  • Proposer un vrai service, réservé aux professionnels de l’immobilier, pour des coûts maîtrisés;
  • Permettre aux professionnels d’être totalement transparents avec leurs clients;
  • Réunir la profession et travailler en collaboration.

Mais le plus simple reste sûrement de les écouter en parler :

Laurent Vimont nous parle de « rupture technologique », François Davy nous dit qu’il est persuadé que « l’efficacité des annonces sera meilleure que celle des prestataires habituels » ou encore Francis Abraham nous parle de « fonctionnalités qui tiennent compte du changement ». Qu’en est-il vraiment?

Le site Bien’ici

Le portail immobilier propose une carte de la France entièrement en 3 dimensions. L’internaute recherche en 1 phrase et se retrouve sur une carte du lieu recherché. Il peut ensuite zoomer pour plus de précision, mais surtout pour afficher la France en 3 dimensions. C’est assez impressionnant.

Côté technique, le site est bien réalisé, puisqu’il charge vite et que la navigation est fluide dans l’univers 3D, et ce, sur tablette et mobile. On va voir suite à la montée en charge des prochains jours comment il régira. 🙂

Enfin, Bien’ici est totalement en responsive design. D’ailleurs, même sur mobile, l’expérience 3D reste intéressante. Cependant, je ne suis pas sûr que ce soit forcément la meilleure ergonomie pour ce support.
Toutefois, le site propose aussi un affichage en listing classique ou en galerie. Le passage entre la recherche sur carte et sur affichage classique est d’ailleurs assez facile à utiliser.

Sur la carte, en version bureau et tablette, on retrouve évidemment tous les outils de recherche classique sur carte géolocalisée :

  • Le zoom et le déplacement tactile comme avec la souris;
  • Les quartiers/villes définis (entourés lors des recherches);
  • Les appartements directement sur la carte (prix affichés directement sur la carte), avec un aperçu de l’annonce lorsqu’on passe la souris sur le point;
  • La recherche par dessin (on entoure une zone);
  • Le temps réel avec le déplacement sur la carte : les résultats de recherche se mettent à jour quand je déplace la carte;
  • L’affichage des points d’intérêts proches (école, métro, commerce);
  • Le site propose aussi beaucoup de contenu sur les quartiers, sur les villes et du contenu qui est amené à être mis à jour et qui pourra aussi l’être par vous!

Pour le reste, je vous laisse regarder la vidéo :

Et le tester ici !

Les bénéfices clients

La technologie, c’est important. Mais le plus important, c’est qu’elle ne se voit pas et qu’elle ne soit que bénéfice client. Alors, évidemment, un site fluide, c’est très important, la 3D, c’est joli. Mais que cela apporte-t-il au client?

Concrètement, pour moi, c’est la contextualisation du bien qui est vraiment intéressante, le bien dans son environnement. Le fait de pouvoir voir comment la ville est organisée, ce qu’il y a à côté, le fait de pouvoir envisager d’aller vivre de l’autre côté de cette forêt ou de ce stade, car il y a des transports et une bonne école. Voir la ville autrement.

Le deuxième point est la mise en concurrence (saine) de l’offre entre neuf et ancien. L’acheteur va enfin avoir un site où il peut comparer programme en VEFA et existant. Ensuite, l’univers en 3D permettra sur certains biens d’aller de la visite extérieure à la visite virtuelle intérieure du bien en 3 dimensions. Pas mal. 🙂

Et, bien entendu, le fait d’avoir un support qui marche sur tous les devices est un plus non négligeable.

On pourra juste pour le moment reprocher de ne pas avoir de continuité entre ces différents supports (sauvegarder ses recherches et les reprendre plus tard sans créer de compte), le fait de ne pas pouvoir voir une annonce en pleine page et de nombreux endroits en dehors des grandes villes où les modélisations ne sont pas encore faites. Mais dans l’ensemble, le site reste assez complet pour une version bêta (rappelons-le!).

bien-ici-quartier

Les tarifs

Eh oui, combien ça coûte? Rappelons que le constat de départ est qu’aujourd’hui, les sites d’annonces coûtent très cher, selon les professionnels (il faut aussi le mettre en face de ce que cela rapporte, mais c’est un autre sujet). C’est, quoi qu’il en soit, une des raisons majeures évoquées lors de la prise de décision de créer un site ensemble. Les professionnels prenaient l’exemple de Booking dans l’hôtellerie qu’ils considèrent comme un site qui « a piraté les clients des hôteliers ».

Ils ont donc décidé de mettre en place une offre tarifaire assez simple et tout en illimité. Pour commencer, le site sera gratuit jusqu’au 30 juin 2016. Ensuite, il coûtera :
– 70 € par mois pour le forfait de base de diffusion de ses annonces en illimité;
– 150 € par mois pour un forfait premium avec des outils tels que des rapports de performance améliorés, du call tracking, etc.

Avant d’en arriver là, où en sont-ils aujourd’hui?

État d’avancement de Bien’ici

Aujourd’hui, le site compte 193 563 biens (161 731 en vente et 31 832 en location). Il y a encore un peu de chemin à faire de ce côté. Mais, concrètement, tous les acteurs qui ont participé au projet vont ouvrir leur flux dans les prochains jours et ils devraient atteindre entre 600 et 800 000 biens rapidement, selon moi, même si les plus optimistes parlent de plus de 1 million de biens d’ici la fin de l’année.

Aujourd’hui, le goulot d’étranglement est au niveau des flux. Même si certains logiciels sont compatibles (notamment Poliris et ImmoFacile), il reste encore du travail avec les flux des sites et l’ensemble des logiciels pour proposer le service à tout le monde. Un autre point intéressant est la gestion des doublons, puisqu’ils ne sont pas encore gérés, et avec la géolocalisation, c’est indispensable de trouver une solution : « soit on affiche les X biens, soit un seul de manière aléatoire. Il faut encore que l’on décide ensemble ».

Maintenant qu’on sait tout cela, quels sont les risques du lancement d’un site comme celui-ci? Et quels sont les enjeux?

Les risques

Créer son propre « monstre » incontrôlable

C’est l’histoire de Rightmove en Angleterre, qui a été créé par 4 des acteurs les plus importants de la profession dans les années 2000. Il est aujourd’hui l’un des sites les plus chers du marché européen et n’est plus contrôlé par la profession.

Renforcer les leaders

Toujours de l’autre côté de la Manche, les professionnels ont décidé de s’associer pour aller chercher Rightmove, qui devenait trop cher. Ils ont donc lancé OnTheMarket. Cela a eu pour effet d’affaiblir Zoopla pendant quelques mois, mais surtout de renforcer Rightmove, tant en terme de trafic que de capitalisation boursière. Zoopla est en train de revenir sur ses stats d’avant OnTheMarket et OnTheMarket de disparaître. Vous pouvez voir une analyse à la fin de cet article : les 10 tendances des portails immobiliers leaders sur leurs marchés.

Créer un nouvel outil pour le leader

En France, on a aussi notre exemple avec Webimm. Créé par les 4 grands acteurs de l’immobilier d’entreprise, ce site n’a pas été suffisamment mis en avant auprès des clients. Il regroupait toutes leurs annonces, mais ne générait pas assez de contacts; SeLoger l’a racheté quelques années plus tard.

Toutefois, il existe des exemples de réussite probants, notamment aux Pays-Bas avec Funda, dont on vous fait la présentation ici. Ce qui est intéressant en terme de comparaison, c’est l’avance technologique qu’a Funda depuis presque 10 ans. Peut-être que la France l’aura aussi…

Mais pour cela, il faudra relever plusieurs défis.

Les enjeux

L’objectif de ce site est de proposer aux professionnels « un portail efficace à moindre coût ». Pour cela, il y a de nombreux enjeux :

1 – L’exhaustivité des annonces

Quelle que soit l’expérience utilisateur, l’acheteur veut avoir l’offre complète. Aujourd’hui, tous les acteurs/actionnaires du site vont ouvrir leur flux pour le remplir.

Mais il faudra donc que l’ensemble de la profession communique sur ce site! La question des mandataires et des notaires (pas intégrés au site) a donc forcément été posée. Jean-François Buet a répondu qu’il fallait ajouter chaque ingrédient en son temps; une belle métaphore pour dire que cela reste envisageable dans l’avenir, mais que pour le moment, c’est déjà une vraie réussite que tant de professionnels se soient mis d’accord et travaillent ensemble. Quoi qu’il en soit, l’exhaustivité des annonces et du choix pour l’acheteur reste l’enjeu numéro 1!

2 – La génération de contacts

Une fois qu’on a suffisamment d’annonces, il faut que l’outil génère des contacts pour les pros. Sans ça, aucun intérêt business pour eux. Brice Cardi rappelle que l’on parle de « contacts qualifiés » et l’équipe de Bien’ici ajoute qu’elle va utiliser tous les outils web à sa disposition (pub, référencement naturel et payant, retargeting, etc.) pour arriver à cette fin. Toutefois, elle a clairement dit qu’elle n’achèterait pas de publicité télé en 2016.
L’une des forces peut alors être dans celle du terrain, si chaque professionnel pousse le site. Clairement, cela va faire partie des questions qu’on peut se poser : est-ce que les professionnels sur le terrain vont pousser leur site perso? Est-ce qu’ils vont pousser celui du réseau s’ils font partie d’un réseau? Ou est-ce qu’ils vont pousser celui de la profession? Wait and See.

Pour le reste, ce sera la qualité de la génération de trafic pure web et celle de la transformation qui feront exister ou non ce site dans le business des professionnels.

3 – Rassembler la profession et garder l’unité

profession-bien-ici

C’est un point important que de réussir à mettre tout le monde au même niveau et que chacun y trouve son compte. On en sait pas plus sur la répartition du capital entre les différents acteurs, mais il va falloir faire en sorte que personne ne soit plus mis en avant que les autres et que tout le monde en profite de la même manière pour conserver une ambiance de travail et de la confiance au sein du groupe, mais aussi de la profession. À l’inverse, il faudra aussi que tout le monde fasse le même travail pour pousser ce site, afin que personne ne se sente lésé et, du coup, que chacun arrête progressivement de mettre en avant Bien’ici au profit de son propre business. Bref, il faudra que tout le monde travaille en bonne intelligence sur le long terme…

4- Le travail autour de la donnée

Enfin, il reste un vrai enjeu autour de la data, de la maîtrise et du travail de celle-ci. Cela va transformer complètement le monde de l’immobilier sur les prochaines années. On sait que les acteurs existants proposent déjà des outils très performants en terme d’estimation et de connaissance du marché. Bien’ici saura-t-il s’aligner? Les réseaux, les promoteurs, les syndicats vont-ils partager leurs datas métiers avec leur concurrence? Une question à laquelle ils vont devoir répondre.

En tout cas, Jean Francois Buet, président de la FNAIM et de Bien’ici, finit en disant que « Bien’ici est une startup avec beaucoup de moyens financiers et, dans pas longtemps, tout le monde saura que c’est LE site qui rassemble tous les professionnels. »

Voilà pour les enjeux, les risques et les envies autour de ce site. Du côté d’Immobilier 2.0, on est très heureux de voir arriver de belles innovations comme celle-ci et de voir de la transparence et du travail commun. On va donc bien entendu suivre cela de près!

Et vous, que pensez-vous de tout cela? Quelles seront vos décisions business avec le lancement officiel de ce site?

à propos

Vincent Lecamus

Article rédigé par Vincent Lecamus

Passionné par l'innovation, Vincent est en veille constante pour dénicher les technologies et tendances qui vont impacter le secteur immobilier. Quand Vincent n'est pas occupé comme journaliste sur Immobilier 2.0, il développe de nouveaux projets entrepreneuriaux et coach des ... Lire la suite