Cela fait maintenant quelques années que l’on vous parle de blockchain sur Immo2. On peut d’ailleurs le dire fièrement, on en parlait avant que ce soit cool. On a traité plein de sujets sur ces thématiques. Seulement voilà, maintenant que c’est à la mode, les choses s’emballent. Ces derniers mois, on a vu passer plein de nouveautés, d’innovations et de nouveaux termes avec lesquels composer. À tel point qu’il est facile de perdre le fil. Je vous propose donc qu’on passe en revue tous ces éléments et qu’on se pose une seule et unique question : à quoi ça sert pour les professionnels de l’immobilier ? 

La blockchain : un registre partagé qui rend obsolète le besoin de confiance

La blockchain est un immense registre partagé entre ses utilisateurs. Une blockchain est composée de plusieurs blocs d’informations qui vont être produits par des utilisateurs que l’on appelle des « mineurs ». Cette activité s’appelle le minage. Pour le dire simplement : le mineur met à disposition de la blockchain la puissance de calcul de son ordinateur. Cette puissance va être utilisée pour inscrire des informations dans un bloc et s’assurer que les informations sont fiables. 

Chaque bloc est lié aux blocs suivants et précédents. Les informations contenues sur un bloc sont donc liées aux autres blocs de la blockchains et sont donc infalsifiables. Car il faudrait modifier non pas un bloc, mais des millions pour pouvoir frauder. 

De surcroît, toutes les transactions qui ont lieu sur la blockchain sont accessibles et visibles par tous. Donc, une tentative de fraude serait immédiatement repérée. 

Je ne vais pas rentrer dans des détails techniques; tout d’abord, parce que ce n’est pas le lieu; ensuite, parce que je pourrais dire une bêtise. Retenez simplement que les blocs sont connectés les uns aux autres et que les informations sont partagées par des millions d’utilisateurs. C’est cette multiplicité qui rend la blockchain infalsifiable. Et la blockchain rend le besoin de confiance entre les utilisateurs inutile. 

La blockchain et l’immobilier : une synergie qui tombe sous le sens

Maintenant, si l’on visualise la blockchain comme un registre, on voit tout de suite des applications pour l’immobilier. Imaginez : des registres cadastraux infalsifiables et capables de se mettre automatiquement à jour.  

On peut également imaginer l’utilisation de la blockchain pour valider les dossiers et documents des parties prenantes d’une transaction. Plus besoin de vérification et de validation des institutions bancaires. 

Pareil, la blockchain étant un registre en accès libre, plus de problèmes concernant la provenance des fonds d’une transaction. On peut remonter le parcours de n’importe quelle cryptomonnaie depuis qu’elle a été « minée ».  

Si l’on sort de la transaction pour s’intéresser au bâtiment : la blockchain pour faire le suivi des différents aménagements, pour stocker le carnet numérique du bâtiment, pour inscrire les AG de copro, pour enregistrer les différentes interventions et les relations avec les assurances… 

Les cryptomonnaies : entre monnaies et outils  

Les cryptomonnaies sont des assets liés à la blockchain. C’est notamment grâce à la cryptomonnaie de la blockchain que l’on va récompenser les mineurs pour la mise à disposition de leur puissance de calcul (et donc leur dépense énergétique, leur dépense de temps…). 

Il faut comprendre qu’il peut y avoir plusieurs blockchains différentes. Par exemple, la blockchain Bitcoin, la blockchain Ethereum et la blockchain Elrond. Elles existent toutes les trois, sont toutes trois des registres de partage d’information et donnent naissance toutes trois à des cryptomonnaies. 

Alors, comment une cryptomonnaie peut-elle avoir de la valeur ? Eh bien, tout d’abord, il y a la dépense en temps et en énergie nécessaire pour miner un bloc qui peut être comptabilisé. Ensuite, il y a la valeur que produit l’entreprise ou l’infrastructure qui émet cette cryptomonnaie. Si personne n’utilisait la blockchain Bitcoin pour enregistrer des transactions… eh bien, la valeur du Bitcoin baisserait (car oui, une cryptomonnaie peut être générée par une entreprise, on parlera alors de Token et on peut ramener ça au modèle de l’actionnariat).

Ensuite, comme pour toute monnaie, la valeur d’une monnaie est celle que ses utilisateurs veulent bien lui donner. Un euro vaut un euro parce qu’on l’accepte. Parce que des gens sont prêts à vous échanger des biens d’une valeur d’un euro contre votre euro (cela fait bien longtemps que le cours des monnaies n’est plus indexé sur les réserves d’or des états). 

Eh bien, le Bitcoin, c’est pareil. Il vaut plus de 50 000 $, parce que des gens sont prêts à l’échanger à ce prix. 

Cryptomonnaies et immobilier : traçabilité, sécurité et opportunités ! 

Alors, quel intérêt ont les cryptomonnaies pour l’immobilier ? Eh bien, j’aurais tendance à dire qu’il y a beaucoup d’intérêts, mais peu sont réellement révolutionnaires. 

L’avantage d’une cryptomonnaie, c’est sa traçabilité : je peux remonter n’importe quelle crypto depuis sa création… et sans avoir besoin de réaliser un quelconque travail d’investigation. Tout est inscrit dans le registre de la blockchain, registre visible par tous, en accès libre. 

Donc, pour les professionnels de l’immobilier, vérifier la provenance des fonds d’un acquéreur sera extrêmement simple si cela passe par les cryptomonnaies. 

Second point en faveur de ces monnaies virtuelles : des transactions décentralisées, rapides et sans friction… du moins, pour peu qu’on soit sur la bonne blockchain. En effet, chaque infrastructure a ses spécificités et en tant que professionnel, vous serez peut-être amené à conseiller vos clients sur la blockchain à utiliser pour telle ou telle transaction. 

Ensuite, il y a la tokenisation, le fait de transformer en jetons un bien immobilier. Pour permettre notamment le multi-investissement. Je ne vais pas m’étaler là-dessus, car en soi, il n’y a rien de révolutionnaire. En somme, on reprend le principe des SCI ou des fonciers… mais sur la blockchain. 

Le métavers : un nouveau monde pour les Christophe Collomb du 21e siècle 

Le métavers est un vieux concept, mais qui a connu un regain médiatique suite aux annonces de Mark Zuckerberg. Définir le métavers peut s’avérer compliqué, mais on va essayer quand même. 

Le métavers est souvent représenté comme un monde virtuel, accessible en réalité virtuelle. Cette représentation est pratique, car elle est visuellement impactante. Mais l’inconvénient de cette représentation… c’est qu’elle est fausse. Elle est pratique pour rebondir sur des actualités comme des ventes à plusieurs millions de dollars dans le métavers, mais elle passe à côté de ce qu’est réellement le métavers. 

Le métavers, c’est simplement une évolution dans notre rapport à la valeur que l’on porte aux éléments virtuels. Aujourd’hui, on achète des livres au format dématérialisé, on achète des films, on paie des droits d’accès à des contenus virtuels (Spotify, Netflix)… Est-ce que vous pourriez dire que votre abonnement Netflix n’a aucune valeur ? Bien sûr que non, il a la valeur que vous payez pour y accéder. De même pour votre livre sur votre liseuse, pour votre jeu vidéo au format dématérialisé, pour votre album de musique acheté sur iTunes… 

Pourtant, il y a quelques années, cela paraissait totalement irréaliste de donner la même valeur à des contenus virtuels qu’à des contenus tangibles. Aujourd’hui, les cartes sont rebattues. Et d’autant plus avec la nouvelle génération, qui a été habituée toute sa vie à donner une valeur à des objets virtuels. 

La représentation d’un monde en 3D accessible via un casque de réalité virtuelle me dérange, car elle force l’opposition entre « monde réel » et « métavers », alors qu’il s’agit plutôt d’espaces qui vont évoluer parallèlement et en synergie. 

Des cryptoagents immobiliers pour des cryptopropriétés dans le métavers ? 

Maintenant que l’on a bien explicité ce qu’est le métavers et où il trouve sa valeur, revenons-en à l’immobilier. Comment le métavers va-t-il transformer l’immobilier ou bien comment l’immobilier va-t-il transformer le métavers ? 

Eh bien, déjà, le métavers reprend des codes immobiliers du monde réel. Les différents espaces qui existent dans le métavers sont délimités. Avec des parcelles qui appartiennent à des propriétaires, qui peuvent louer, acheter, revendre, construire sur ces parcelles. 

Donc, première chose que l’on peut imaginer : l’arrivée d’agents immobiliers dédiés. D’ailleurs, il existe déjà des marketplaces où se vendent les terrains… des portails immobiliers du métavers donc et on peut d’ores et déjà voir que certaines annonces sont mieux rédigées et plus attractives que d’autres.  

Ensuite, il y a la publicité possible dans ces mondes virtuels. Eh oui, tout le monde parle des ventes de terrains virtuels… mais on ne pense pas assez aux synergies possibles entre communication dans le métavers et communication dans le monde réel. Un tout nouvel espace signifie de nouveaux axes de visibilité. Et peut-être que demain, vous diffuserez vos annonces sur le Seloger du métavers !

Les NFT : les actes de propriété du futur 

S’il y a un autre terme que l’on nous a rabâché ces derniers mois, c’est bien « NFT ». Pour « Non-Fungible Token », ou « Jeton Non Fongible » dans la langue de Molière. Si je dois expliquer ce que sont les NFT, je suis obligé d’expliquer rapidement le concept de « fongibilité ». 

Fongible, non fongible… ça veut dire quoi tout ça ?  

Quelque chose de fongible est quelque chose qui peut être remplacé par un équivalent sans qu’il n’y ait de conséquences.  

Si vous avez une pièce d’un euro, et que je vous l’échange contre une autre pièce d’un euro, cela ne change rien pour vous ? Eh bien, c’est parce que l’on considère que les pièces de monnaie sont fongibles. Les personnes les plus tatillonnes pourront arguer que grâce aux numéros de série, une pièce de monnaie n’est pas équivalente à une autre. Mais dans les faits, pour l’ensemble des gens, les pièces sont des assets fongibles (effectivement, si on est tatillon, rien n’est fongible intrinsèquement, nous avons accepté en tant que société de rendre certains éléments fongibles ou non). 

Par contre, je prends un appartement, je vous l’échange contre un autre… il y a peu de chances pour que l’on soit sur un échange totalement équivalent. Rien que l’emplacement de l’appartement change notre rapport à celui-ci. Un bien immobilier est donc non fongible. 

Donc, sur Internet, tout est fongible. Après tout, si je prends une image sur un site, il me suffit de faire un copier-coller pour avoir la même image sur mon disque dur. Pareil pour un film, pour une musique, un e-book… 

Mais donc, pour un acte de propriété au format numérique ? Comment être sûr que j’ai bel et bien l’original ? Comment je peux être certain qu’il ne s’agit pas d’une copie ? Que j’achète une œuvre d’art ou une propriété immobilière, comment être sûr que les documents que l’on m’envoie sont les bons ? Qu’il ne s’agisse pas d’un simple copier-coller ? Eh bien, c’est là que les NFT entrent en jeu…

Mais qu’est-ce que c’est concrètement un NFT ? 

Les NFT sont en réalité des certificats d’authentification qui permettent de rendre non fongibles des éléments virtuels. Et c’est tout. Ce sont simplement des certificats d’authenticité qui sont enregistrés sur la blockchain. 

Si demain, vous allez acheter une œuvre d’art, la galerie vous remet un certificat d’authenticité. Vous faites confiance à la galerie, et vous savez que l’œuvre est un original. Avec les NFT, vous n’avez même pas besoin d’avoir confiance en la galerie. C’est infalsifiable et toutes les informations et transactions sont stockées en accès libre sur la blockchain.  

NFT et immobilier : une synergie incontournable ?

Eh bien, si les NFT sont des certificats d’authenticité, ils vont pouvoir entrer en jeu dans de nombreuses utilisations immobilières. 

Par exemple, pour certifier un acte de propriété ou encore les registres cadastraux. Pour attester de l’authenticité des documents que l’on remet aux notaires… qui seront alors des experts de la vérification sur les plateformes de blockchain. D’ailleurs, on pourrait écrire tout un article sur la blockchain et le notariat (oui, c’est du teasing pour un article à venir). 

Pour les investissements partagés, en SCI/SCPI ou via crowdfunding immobilier, on pourra revendre et racheter des parts sans avoir à vérifier si le vendeur détient effectivement les parts qu’il me cède. 

Pareil pour les factures de rénovations, les signatures électroniques, les attestations formation loi ALUR… En somme, tout document qui demande une vérification de son authenticité pourra être accompagné d’un NFT. 

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Arnaud Hamzaoui

Article rédigé par Arnaud Hamzaoui

L'un des anciens chez Immobilier 2.0, on l'a formé sur les bancs de l'école! Arnaud est responsable de la section Actualités et veille sectorielle. C'est lui qui déniche les dernières news de l'industrie immobilière et qui les compile. Il s'occupe aussi de la rédaction d'a ... Lire la suite

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