Le site de rencontre immobilière se présente comme le « Meetic » de la location immobilière. Après leur étude sur le social business et l’immobilier, Immobilier 2.0 a décidé de les contacter pour en savoir plus sur leur projet et leur vision du marché.

Interview.

 

 

Vincent Lecamus : Bonjour Emmanuel, Antoine, Webert et Olivier. Vous êtes les quatre fondateurs de Locat’me, une plateforme de mise en relation entre locataires et propriétaires dans les marchés tendus. Avant de nous parler plus en détail du concept, pouvez-vous nous en dire plus sur vous et votre parcours?

VL : Comment vous êtes-vous rencontrés?

Locat’me : Nous avons tous les quatre fait nos études d’ingénieur à l’ECE Paris (promotion 2012). Avant de devenir une aventure entrepreneuriale, c’est d’abord une histoire d’amitié et l’envie de réaliser un projet de fin d’études ensemble.

Fondateur Locatme

 

VL : Comment vous est venue l’idée?

Locat’me : En mai 2011, Emmanuel est à la recherche d’un appartement. En stage à plein temps, il ne dispose que de très peu de temps pour ses recherches et l’idée de déposer une annonce afin de se faire contacter directement par les propriétaires lui traverse l’esprit. Finalement, Emmanuel a trouvé son logement en sympathisant avec un propriétaire qui avait fait la même école d’ingénieur… L’idée de faire un site de mise en relation entre locataires et propriétaires, à l’image des sites de rencontre, était née. Nous avons commencé à développer ce concept en septembre 2011 dans le cadre de notre projet de fin d’études à l’ECE Paris.

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VL : Quels constats faites-vous aujourd’hui sur le marché immobilier? Sur la mise en relation entre propriétaires et locataires?

Locat’me : Quand on constate, dans certaines villes comme Paris, que le ratio atteigne près de 1 propriétaire pour 10 locataires, pour un locataire, la recherche d’un logement devient presque aussi anxiogène que de trouver un emploi. Quant aux propriétaires, beaucoup se sentent démunis face à l’afflux de demandes. On se demande pourquoi il n’y a pas plus de services qui se sont développés autour de ce dysfonctionnement, d’autant que, quand on en parle avec la génération précédente, on se rend compte que ce n’est pas une nouveauté!

En fait, le processus de mise en location d’un bien immobilier n’a été que marginalement impacté par le virage du numérique. Les acteurs de ce marché se sont contentés de transposer le système d’annonces d’un journal papier vers un écran connecté à Internet, sans tirer parti des possibilités offertes par les réseaux communautaires qui se développent aujourd’hui dans tous les domaines.

 

VL : D’ailleurs, à ce propos, vous avez réalisé une étude sur le social business dans l’immobilier. Comment a-t-elle été réalisée? Pouvez-vous nous en dire plus?

Locat’me : Notre offre de service est en rupture avec le mode de fonctionnement des sites traditionnels. De plus, le marché des annonces immobilières est dominé par quelques acteurs. Nous avons donc intérêt à mettre en avant notre innovation pour changer les comportements. Cela peut paraître curieux, car nous en venons même à voir arriver des concurrents avec bienveillance. Notre conviction est que c’est un peu comme les marchands de chaussures qui se mettent tous dans la même rue : ça attire les clients et, finalement, tout le monde en profite. Ensuite, il faut être celui qui en profite le plus.

L’objectif de l’étude est donc bien entendu de faire parler de nous, mais surtout de contribuer à la prise de conscience que les sites de mise en relation sont l’avenir du marché de la location immobilière.

En ce qui concerne notre étude, elle part du constat que, depuis peu de temps, le modèle des réseaux sociaux s’installe dans le monde de la location immobilière. Les réseaux sociaux offrent de nombreuses réponses et de nouvelles perspectives à la fois aux propriétaires et aux locataires à l’image d’Airbnb pour la location saisonnière, Weroom pour la colocation… Le marché des annonces immobilières en France représente un volume de 250 millions d’euros par an selon une étude Xerfi. De notre côté, nous avons calculé la part que représente le marché des annonces de location immobilière : environ 70 millions d’euros, soit un peu moins d’un tiers.

 

VL : Du coup, après cette étude, quelle est votre vision actuelle du marché?

Locat’me : Le marché de la location reste très actif comparé aux transactions de vente. Le taux de mobilité est stable depuis plusieurs années, autour de 27 %, ce qui assure un revenu récurrent, quoique très saisonnier, car le marché est surtout dynamique de juin à octobre.

De plus, le marché français n’a jamais été homogène : les bassins d’emplois et d’universitaires concentrés dans quelques grandes villes sont des marchés très tendus, donc propices au développement d’offres de service que Locat’me propose.

Zoom immobilier

Néanmoins, nous observons dans certaines villes pourtant très attractives comme Lille que le marché de la location devient plus difficile pour les propriétaires. Les biens à la location partent moins vite et les locataires sont devenus très exigeants. Ils en veulent pour leur argent!

Nous pensons d’ailleurs qu’il y a peut-être là des opportunités pour développer d’autres services, pas forcément dématérialisés d’ailleurs.

 

VL : Comment ont évolué les méthodes de recherche immobilière, notamment avec les nouvelles technologies, depuis une quinzaine d’années?

Locat’me : On ne peut pas nier que le web facilite largement la vie des locataires, ou des acheteurs aussi d’ailleurs. Le premier apport a été de donner accès à toutes les offres disponibles sur un marché : c’est donc un plus en termes de quantité et de transparence de l’information pour comparer et faire un meilleur choix en connaissance de cause.

Ensuite, le deuxième grand apport du web, ce sont les critères de recherche qu’on peut démultiplier à souhait, mais pas toujours très utiles sur les marchés tendus, car cela peut vite vous amener à un choix très réduit avec un pourcentage de chances d’obtenir le bien proche de 0… À ce titre, les évolutions récentes intégrant la géolocalisation des offres (ligne de métro, quartier, distance…) nous paraissent plus intéressantes pour les locataires ou les acheteurs.

Enfin, la visite virtuelle grâce aux photos ou à la vidéo peut faire gagner beaucoup de temps à tout le monde.

 

VL : Quelles innovations vous ont réellement marqués ces dernières années, dans l’immobilier?

Locat’me : Au risque d’être un peu sévères, en tant que locataires, nous avons un regard assez critique sur les innovations dans l’immobilier sur le net. Nous avons le sentiment que les innovations technologiques (vidéo, géolocalisation…) ont amélioré le confort des acteurs (particuliers et professionnels), mais n’ont apporté aucune rupture dans le fonctionnement du marché. Comme si on s’était laissé porter par la dynamique du marché.

Finalement, c’est peut-être de la crise économique que viendra le changement. Les agences immobilières vivent moins bien à cause de la baisse des transactions, les locataires reprennent un peu de pouvoir, aidés par la loi Duflot, et les propriétaires de patrimoines immobiliers souhaitent optimiser la rentabilité locative de leurs biens.

Pour répondre à votre question, l’innovation qui nous a le plus marqués est l’arrivée d’Airbnb sur le marché de la location saisonnière. Grâce à son service de mise en relation, il facilite la recherche du locataire, il mondialise l’offre et la demande, réduit les coûts de mise en location, sécurise les paiements, mais aussi garantit aux locataires de ne pas se faire escroquer… Bref, ce site casse de nombreuses barrières.

 

VL : Vous pensez donc que le social business va révolutionner la recherche immobilière. Quelles sont, pour vous, les limites du modèle traditionnel?

Locat’me : Le modèle traditionnel génère de la perte de temps pour tous les acteurs. Quand on voit à quel point tout le monde cherche à optimiser son temps aujourd’hui, nous ne voyons pas comment le marché peut continuer à supporter cette perte d’énergie.

Par ailleurs, en dématérialisant la mise en relation, on peut automatiser certaines tâches comme la vérification de l’authenticité et de la cohérence des informations fournies.

 

VL : Quels problèmes résoudra/ Quelles solutions apportera le social business pour l’immobilier?

Locat’me : Au-delà de la mise en relation au moment de la recherche, nous pensons qu’il est important d’humaniser un peu plus la relation locataire-bailleur. Cela peut paraître un peu paradoxal pour un site Internet, mais nous croyons que nous pouvons jouer un rôle en rééquilibrant les rapports de force, en particulier dans les zones géographiques où le marché locatif est sous tension.

À ce titre, nous conseillons la lecture d’une étude qui a été réalisée en début d’année par deux chercheurs de l’EDHEC Business School.

Cette étude montre pourquoi locataires et propriétaires ont intérêt à avoir des relations équilibrées et stables en analysant l’impact sur l’évolution du risque d’impayé, le taux de vacance des biens… et in fine la rentabilité locative.

Les sites tels que Locat’me pourront également servir à traiter certains aspects de la gestion locative comme l’envoi de quittance par exemple ou la régularisation annuelle des charges locatives. En allant plus loin, nous souhaitons devenir à terme le tiers de confiance entre les deux parties.

 

VL : L’avenir de l’annonce immobilière est donc sur les réseaux sociaux? À quelle échelle et à quel horizon à votre avis?

Locat’me : Tout va très vite, nous pensons que la bascule va se faire d’ici 3 ans.

 

VL : Comment un professionnel de l’immobilier peut profiter des réseaux sociaux aujourd’hui, selon vous?

Locat’me : Le gain de temps et d’énergie que nos services génèrent pour des locataires et des bailleurs particuliers est aussi valable pour les professionnels de l’immobilier. Nous travaillons d’ailleurs à une offre pour les agences qui sortira dans le courant de l’année. Ce sera peut-être l’objet d’une autre interview, car nous préférons ne pas en parler pour le moment.

 

VL : Merci pour eux J. Du coup, que peuvent-ils faire pour vous? Comment les lecteurs d’Immobilier 2.0 peuvent vous aider?

Locat’me : Nous travaillons actuellement avec quelques agences pour tester notre futur service. Nous sommes preneurs de volontaires pour nous aider à développer une offre qui soit au plus proche de leurs attentes.

Par ailleurs, en ce qui concerne nos services actuels qui s’adressent aux particuliers, nous sommes à l’écoute de tout conseil d’amélioration et aussi d’éventuelles propositions de partenariat afin d’enrichir notre offre.

Contact en charge des partenariats : antoine.marck@locatme.fr / 01 84 14 01 89

 

VL : Et un mot pour la fin?

Locat’me : Nous lançons cette semaine notre campagne de communication, sur un ton plutôt humoristique, avec le slogan « On peut aussi faire de belles rencontres dans l’immobilier ».

Et voici quelques exemples de leur campagne :

 

 

Je vous laisse réagir sur leur positionnement et leur point de vue. Pensez-vous que le marché de la location va se transformer aussi rapidement?

 

à propos

Vincent Lecamus

Article rédigé par Vincent Lecamus

Passionné par l'innovation, Vincent est en veille constante pour dénicher les technologies et tendances qui vont impacter le secteur immobilier. Quand Vincent n'est pas occupé sur Immobilier 2.0, il développe de nouveaux projets entrepreneuriaux et coach des startups dans leu ... Lire la suite

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