Pour cette première édition du Grand Angle SeLoger, Séverine Amate et Jean-Louis Picot se sont entretenus avec Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, et Jeanne Massa, vice-présidente de la French Proptech et cocréatrice d’Habiteo. Plusieurs sujets ont été abordés lors de cette discussion, qui portait sur les enjeux de l’immobilier d’aujourd’hui et de demain. Nous vous livrons les faits saillants de cet entretien, et plus particulièrement ceux portant sur la façon dont la Proptech et l’innovation joueront un rôle stratégique pour l’avenir de l’immobilier.

Retour sur quelques données clés du marché immobilier dans le contexte actuel

Séverine Amate et la ministre sont d’abord revenues sur quelques chiffres qui prouvent que le marché immobilier résiste relativement bien à la crise :

  • Volume de transaction : tant la FNAIM que les Notaires de France annoncent autour de 900 000 d’ici la fin 2020 (ce qui nous amène à un niveau comparable à il y a 2 ans).
  • Prix : on remarque plutôt un tassement qu’un effondrement des prix (ce qui pourrait contribuer à calmer l’envolée des prix dans les centres des grandes villes).
  • Marché de la location tierce : 7 millions de bailleurs locatifs privés (comparativement à 6,4 millions avant le confinement).

Des acheteurs et vendeurs toujours relativement confiants

Tant les chiffres de SeLoger que la ministre le confirment : la confiance des acheteurs et des vendeurs est toujours relativement bonne et ils sont prêts à aller au bout de leur transaction, malgré la crise.

À la question « Avez-vous confiance dans l’aboutissement de votre projet dans les 6 prochains mois? », près de 70 % des vendeurs et acquéreurs déclaraient que oui. Ces 6 derniers mois ont vu perdre 5 points côté vendeur et 11 du côté acquéreur sur cette question de confiance.

Comme le mentionne Emmanuelle Wargon, ces données prouvent que le logement reste un besoin essentiel. Être logé dans de bonnes conditions est encore plus important dans la situation actuelle. Questionnée sur la meilleure manière de redonner confiance, la ministre souligne qu’il reste normal d’avoir des incertitudes actuellement… L’essentiel est de rappeler que les acteurs et le marché sont toujours là pour que les projets se concrétisent.

Quels impacts du côté de l’immobilier de bureau?

Le marché avait évidemment déjà commencé à se transformer. On passe graduellement des bureaux individuels aux espaces partagés, ce qui réduit l’espace. La ministre croit que la crise aura un effet accélérateur sur cette transition. La relation au lieu de travail et à l’employeur change. L’après-crise nécessitera non seulement de mieux prévoir la possibilité de travailler chez soi, mais pourra voir se populariser des concepts comme le coworking de proximité.

Jeanne Massa cite à ce propos une étude Gartner. Celle-ci mentionne que 35 % des Parisiens seront en télétravail d’ici la fin 2020 et 45 %, d’ici la fin 2021. Pour elle, il est donc urgent d’y réfléchir. Elle se réjouit de voir le ministère intégrer cette nouvelle réalité au sein de quasiment toutes les franges de l’immobilier.

Proptech, innovation et digitalisation de l’immobilier

La ministre est évidemment très favorable à la digitalisation de l’immobilier pour apporter fluidité, efficacité et transparence sur l’ensemble des secteurs. Le nouveau chantier de dématérialisation des autorisations d’urbanisme doit notamment être complété au plus tard le 1er janvier 2022. Tout doit être en place dès l’été 2021 pour que les communes qui veulent se lancer volontairement puissent le faire.

Le ministère a d’ailleurs récemment sollicité l’écosystème de la Proptech pour travailler et réfléchir à différentes pistes. En plus de celui sur la digitalisation des autorisations, 3 autres groupes de travail ont été créés. L’un d’eux porte sur la rénovation énergétique et un autre, sur les relations propriétaires-locataires. Les premières rencontres se sont rapidement enchaînées et les intervenants rédigent déjà leurs recommandations.

Pour ceux d’entre vous qui souhaitent faire le point sur ce qu’est La Proptech et qui sont les entreprises qui commencent ce domaine qui ne cesse de faire parler de lui ces dernières années dans l’immobilier. Je vous renvoie à notre article sur le sujet.

La French Proptech comme moteur d’innovation

Rappelons brièvement en quoi consiste la French Proptech. Créé en 2018, ce mouvement social d’entrepreneurs vise à fédérer l’ensemble des acteurs de l’innovation pour accompagner efficacement les acteurs de l’immobilier dans leur mutation digitale.

Le regroupement compte aujourd’hui un peu plus de 200 startups toutes liées à l’immobilier sur l’ensemble de ses secteurs.

Comment les startups tirent-elles leur épingle du jeu en cette ère COVID?

Jeanne Massa considère l’impact très intéressant, puisqu’il a accéléré la prise de conscience de la nécessité du digital. Elle a d’ailleurs vu concrètement cet impact chez Habiteo (qui, on le rappelle, offre toute une gamme d’outils innovants pour commercialiser l’immobilier neuf). L’utilisation de la visite 3D par les promoteurs se faisait rare avant la crise. Ils veulent maintenant tous utiliser ce type d’outils pour pouvoir vendre et montrer leurs projets à distance.

Elle nous raconte que, pendant le confinement, Nexity a fait un lancement 100 % digital sur Saint-Germain-en-Laye. Cette action lui a permis de conclure 25 réservations sur 1 seul week-end. Il a ensuite réitéré à Enghien-les-Bains, puis à Argenteuil, où il a organisé un webinaire en collaboration avec la mairie. Ce webinaire a réuni des habitants d’Argenteuil et des gens intéressés à y vivre pour présenter l’ensemble du programme immobilier. Il a réalisé plus de 23 réservations pendant la semaine suivante. Aujourd’hui, 1 logement sur 2 est déjà vendu (en à peine 10 jours). Jeanne Massa souligne qu’il faut évidemment être au bon endroit et au bon prix, mais que les projets immobiliers continuent leur cours.

Les innovations de la French Proptech ne se limitent pas à la transaction. Elles touchent aussi au sein même du logement à travers tout ce qui est connectique, mais aussi luminosité. Jeanne Massa cite à titre exemple la startup Solen. Celle-ci intervient non seulement dans le choix d’un particulier qui veut savoir s’il y aura assez de lumière dans son logement au mois d’août, mais aussi en amont. Solen peut par exemple informer le concepteur du pourcentage de luminosité gagné par des fenêtres de plus grande dimension.

Vers la mixité des usages

L’un des premiers projets concrétisés par la French Proptech fut de construire un bâtiment totem pour démontrer comment la mixité d’usages entre bureaux, coworking et logements peut être porteuse d’innovation. Unix, ce premier démonstrateur, a été inauguré à Nantes. Un 2e bâtiment verra le jour en 2022 à Montpelier. Coworking, coliving, commerces de proximité et lieux de vie s’y côtoieront. Cela crée notamment des opportunités de logement plus abordables pour les jeunes actifs.

Au rang des startups qui facilitent cette mixité, MonBuilding permet d’avoir des bureaux plus agiles et flexibles. Quant à Bowie, elle crée des parois amovibles, qui permettent de reconfigurer un bureau ou un logement pour lui faire vivre une 2e et une 3e vie dans une perspective durable.

De notre côté, on est très content de voir se confirmer nos prédictions. La crise actuelle n’a pas compromis le dynamisme des startups de la Proptech en France, bien au contraire! On continue à suivre de près ces jeunes pousses, qui savent saisir l’opportunité de construire l’immobilier de demain.

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Arnaud Hamzaoui

Article rédigé par Arnaud Hamzaoui

L'un des anciens chez Immobilier 2.0, on l'a formé sur les bancs de l'école! Arnaud est responsable de la section Actualités et veille sectorielle. C'est lui qui déniche les dernières news de l'industrie immobilière et qui les compile. Il s'occupe aussi de la rédaction d'a ... Lire la suite