Real Estech, association regroupant divers entrepreneurs et startups de la Proptech, vient de réaliser son baromètre annuel. Un document de seize pages dans lequel les auteurs reviennent sur l’état du secteur de la Proptech : nombre d’entreprises créées, levées de fonds, rachats, faillites, etc. Les équipes d’Immobilier 2.0 se sont penchées sur ce document pour vous livrer leur analyse face à celui-ci. 

Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes notamment référés au baromètre proposé par l’association Real Estech, ainsi qu’à notre connaissance du marché et du secteur. De cette façon, cet article est complémentaire au rapport, et inversement. Je vous invite donc vivement à aller télécharger le document complet sur le site de Real Estech.

La Proptech française (et européenne) se porte bien

Tout d’abord, on peut se rendre compte que le marché de la Proptech se porte extrêmement bien. On pouvait s’en douter au vu des actualités qui ont couru tout au long de l’année, mais ici, c’est confirmé. Les startups de la Proptech ont levé un total de 500 millions de dollars sur l’année 2019. Un montant jamais vu. À titre d’information, en 2018, les sommes récoltées s’élevaient à 204 millions de dollars. 

Alors, revenons légèrement sur ces levées de fonds. Le rapport de Real Estech nous fait la liste des 10 principales en termes de montants levés. Sans surprise, c’est Meero qui se hisse à la première place, avec une levée de 205 millions d’euros. Sur la seconde marche du podium, on retrouve ManoMano (une plateforme de vente en ligne d’outils de bricolage), avec 100 millions d’euros de levés. Quant aux troisième et quatrième places, elles sont occupées par Luko (« néo-assurance habitation » à base d’objets connectés) et Proprioo (agence en ligne), qui ont toutes deux récolté 20 millions d’euros.

Il y a un différentiel assez important entre les deux têtes du podium et le reste du marché. Cela peut notamment s’expliquer par le fait que Meero et ManoMano sont deux entreprises à portée d’ores et déjà internationale.

Les experts de RealEstech attirent notre attention sur un point, cependant. La création de startups perd de la croissance, c’est-à-dire qu’il y a moins de création que les années passées. Et certains entrepreneurs ont connu leurs premiers déboires, avec une quarantaine d’entreprises qui ont mis la clef sous la porte entre temps. 

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Retrouvez l’ensemble des classements et les autres informations liées sur le baromètre de Real Estech

Un besoin de consolidation du marché de la Proptech? 

Ce qui est intéressant ici, c’est qu’en même temps que l’on bat des records de financement, on voit un ralentissement dans la création d’entreprises. Au-delà du constat de maturité que l’on peut faire, c’est également une volonté de stabilité qui se matérialise ici. Une mouvance que l’on voit déjà poindre aux États-Unis, qui ont quelques années d’avance sur nos territoires. En effet, outre-Atlantique, les nouveaux modèles de la Proptech se sont implantés et intégrés au marché immobilier. Cependant, tout le monde a les yeux rivés sur eux, car on ne sait pas encore s’ils sont pérennes. D’après les experts, les prochaines années, notamment les mois qui arrivent, sont les mois qui devraient nous dire quels sont les modèles qui seront encore là dans dix ans… et les autres. 

Sans pour autant être en mesure de l’affirmer, on peut tendre à penser que c’est la même dynamique qui est en train de s’installer chez nous. Les investisseurs et le marché préférant consolider leur prise de position et observer les premières retombées. 

Quels concepts et quelles problématiques font tourner les têtes de la Proptech? 

Le marché de la Proptech se porte donc bien. Il y a de l’argent, et des problématiques à résoudre, le combo gagnant pour voir quelques pépites émerger et également pas mal d’innovations au passage. 

Intéressons-nous donc de plus près aux concepts et aux problématiques qui ont retenu l’attention du marché. 

Les services dans l’immobilier : terrain de jeu des startupeurs de la Proptech? 

Tout d’abord, sur les 400 entreprises recensées par Real Estech, on peut voir une certaine disparité entre le milieu de la construction et celui des services. Là où la construction dénombre 90 startups affiliées à la Proptech dans le document de Real Estech, le secteur des services affiche 390 jeunes pousses. 

Cela peut s’expliquer notamment par des freins à l’entrée bien moindres dans le secteur des services. Pour se lancer dans le domaine de la construction, il faut bien souvent une certaine assise financière et beaucoup de compétences très techniques liées à cet univers. Tandis que l’univers des services est beaucoup plus accessible pour de jeunes entrepreneurs. Si l’on imagine facilement un service en ligne, se lancer avec quelques notions de code et un peu de débrouillardise, il n’en est pas de même pour une entreprise de construction. 

On peut également pointer du doigt la gestion des risques, qui est beaucoup plus faible dans l’industrie du service, comme raison à cette différence. Mais on verra par la suite que, concernant la gestion des risques, des choses se passent dans l’immobilier…

L’immobilier as a service : chez les entrepreneurs et les clients, l’immobilier est-il devenu un service? 

Mais au-delà de ce constat, qu’est-ce que ces chiffres nous apprennent sur l’immobilier concrètement? Hé bien que, comme on le voit arriver depuis maintenant quelque temps, l’immobilier devient un milieu de services. Et cela, dans l’ensemble des pans du secteur. Les professionnels doivent proposer toujours plus de services, ils ont également à faire avec toujours plus de services… mais surtout, les clients consomment l’immobilier comme un service. 

Cela se voit aussi bien dans les habitudes prises avec des plateformes telles qu’Airbnb, ou les tendances telles que le coliving (Colonies, un des acteurs du domaine, est à la 10e place des startups de la Proptech française avec la levée de fonds la plus importante), que dans les habitudes d’interaction avec son environnement. De plus en plus de projets immobiliers intègrent des services comme des écrans d’informations dans les parties communes, des casiers pour la réception des colis ou encore des espaces et des biens communs à partager entre occupants. L’IoT, également, participe à cette mouvance, et des acteurs tels que Luko (troisième levée de fonds la plus importante de la Proptech française dans le rapport), qui joue les néo-assurances à l’aide d’équipements connectés, participent à cette mouvance. On attend maintenant de l’immobilier qu’il soit capable de détecter et de signaler les incidents. En somme, notre rapport à l’immobilier est en train de profondément évoluer et ces chiffres en sont l’une des expressions. 

Le déplacement de la gestion des risques : enjeux de l’immobilier dans ces prochaines années? 

Maintenant que nous avons observé, d’un point de vue général, les tendances que l’on pouvait déceler dans ces chiffres, rapprochons-nous légèrement pour nous intéresser de plus près à ces startups de la Proptech. 

La gestion des risques, des assurances et des banques vers les professionnels de l’immobilier pour fluidifier la transaction? 

Une des réflexions que l’on peut mener en observant le marché de la Proptech au travers de ce rapport, et de façon plus globale, c’est un déplacement de la gestion des risques financiers des institutions à des professionnels et startups de l’immobilier.

De nombreuses startups se mobilisent afin de faciliter l’accès au crédit, et donc de fluidifier les transactions immobilières. Des startups telles que Virgil en France (qui a d’ailleurs levé 2,1 millions d’euros en 2019) ou Divvy Homes aux États-Unis vont se charger d’avancer les frais pour vous permettre d’emprunter et vont ensuite se rembourser. Même si l’on ne retrouve pas explicitement ces jeunes pousses dans le rapport, car elles n’ont pas fait partie des principales levées de fonds, c’est une tendance que l’on voit clairement se dessiner dans la Proptech.

Toujours dans cette question de gestion des risques, on peut pointer du doigt l’émergence des « garants en ligne », ces plateformes qui proposent, moyennant une rémunération variable, de consolider les dossiers dits « fragiles » des candidats à la location. Même si, en réalité, ces acteurs sont soutenus par de grands groupes d’assurance, il y a une logique qui consiste à ramener cela chez les professionnels de l’immobilier. Un peu comme la garantie GLI qui, même si elle est du fait des assurances, paraît pour le grand public comme un service proposé par les agences (dans l’esprit du public, ce sont toujours les agences qui demandent trois fois le montant du loyer et non l’assurance). Puisque l’on parle des garants en ligne, soulignons la levée de fonds de 1 million d’euros de la startup Unkle en juin 2019… mais également la fermeture de son concurrent Youse

Dans un registre légèrement différent, on peut également citer Pretto, un comparateur de crédits immobilier qui a su séduire les investisseurs. En effet, sur le rapport de Real Estech, la startup arrive à la 10e place des plus grosses levées de fonds, avec 8 millions de récoltés en 2019. Ce n’est certes plus de la gestion de risques, mais cela nous permet d’ouvrir sur le fait que les questions du financement semblent être le nouveau cheval de bataille des entrepreneurs de l’immobilier et de la Proptech.

Proptech Startup Virigl Illustration Analyse

Pour conclure que doit-on retenir de ce baromètre ? Et bien en réalité les informations importantes sont nombreuses. La Proptech fait évoluer le marché de l’immobilier de façon effrénée. Les enjeux évoluent et se complexifient sans arrêt. Pour l’instant ce que l’on peut observer c’est que les investisseurs sont toujours derrière les jeunes pousses de la Proptech et que de nouvelles problématiques sont approchées. Reste à voir sur quels points précis le marché va se consolider.

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Arnaud Hamzaoui

Article rédigé par Arnaud Hamzaoui

L'un des anciens chez Immobilier 2.0, on l'a formé sur les bancs de l'école! Arnaud est responsable de la section Actualités et veille sectorielle. C'est lui qui déniche les dernières news de l'industrie immobilière et qui les compile. Il s'occupe aussi de la rédaction d'a ... Lire la suite