Les enfants découvrent leur nouvelle école, les parents, leur nouvel appartement ou leur nouvelle maison. D’autres reprennent simplement les bonnes vieilles habitudes et certains cherchent à les changer, peut-être avec un projet immobilier… Tout le monde prépare son année, clôture les sujets de celle passée. Et nous, on reprend notre veille!

Entre deux matchs de rugby, et une victoire fébrile de l’équipe de France face à l’Argentine, ce début d’année n’est pas avare en nouvelles dans l’immobilier et la Proptech : la revalorisation de WeWork, le rachat de MeilleursAgents, le partenariat immobilier d’Amazon, deux nouvelles licornes immobilières… Bref, un édito de rentrée chargé!

Début août, on apprenait qu’Axel Springer allait racheter MeilleursAgents. Pour 200 millions d’euros. Nouvelle inattendue et qui a forcément amené la profession à se poser beaucoup de questions : qu’est-ce qui va changer dans l’offre de MeilleursAgents? Quel va être le lien avec les autres marques du groupe? Et notamment, avec le groupe SeLoger?

Je peux déjà vous dire que j’ai posé ces questions au président de MeilleursAgents. Il ne reste qu’à vous abonner à notre chaîne YouTube pour être sûr de ne pas manquer l’interview qui répondra à vos questions.

Axel Springer : des investissements à portée internationale

La signature officielle devrait avoir lieu dans quelques jours. Et nous verrons à partir de ce moment les mouvements des différentes boîtes du groupe AVIV (filiale d’Axel Springer). Selon moi, l’objectif est avant tout l’internationalisation de MeilleursAgents. L’accès aux différentes boîtes du groupe allemand leur permettra d’avoir accès à de nouveaux marchés (allemand, anglais, belge, israélien, etc.), et surtout, à de la data sur ces marchés, pour ne pas repartir de zéro. Bien entendu, il y aura sûrement des passerelles entre le groupe SeLoger et MeilleursAgents, notamment sur ce sujet primordial de la donnée. Mais au même titre qu’il y en aura certainement avec Purplebricks, Yad2 ou encore Immoweb.

Axel Springer agit de plus en plus comme une sorte de tour de contrôle, qui investit fort dans l’immobilier via sa filiale AVIV. Du haut de sa place allemande, elle pilote ses budgets, investit dans les startups immobilières qui fonctionnent pour identifier les modèles émergents et créer des ponts entre les pays et les différentes structures/modèles.

Mais de là à ce qu’Axel Springer vienne concurrencer les agents et leur prendre des parts de marchés en France, la profession a encore le temps. Et notamment quand on regarde le retour en arrière de Purplebricks sur les marchés américains et australiens. Même en Angleterre, les chiffres ont de plus en plus de mal à décoller et l’acquisition coûte toujours aussi cher pour l’agence immobilière online (pour info, Liberkeys a d’ailleurs levé 4 millions en France, suivant de loin Proprioo et ses 20 millions).

On devrait donc d’abord voir MeilleursAgents se lancer en Belgique ou en Allemagne. En France, ils ont d’ailleurs revu leur positionnement et changer leur site pour remettre l’église au centre du village… heu… l’agent immobilier au centre de la transaction. On a été interviewé Astrid à ce sujet. Concernant les portails immobiliers (qui reste tout de même le cœur des investissements d’AVIV), il ne faut pas oublier qu’ils ont aussi une vraie concurrence sur leur marché. Et que de nouveaux acteurs ne cessent d’arriver.

La nouvelle concurrence des portails

Depuis des années, on attend l’arrivée des GAFA dans l’immobilier. On suspecte, on appréhende. Mais depuis que c’est arrivé, on en parle moins. Car, encore une fois, ils ne viennent pas concurrencer les professionnels de terrain. Pour faire un parallèle, Google est sur le marché des compagnies aériennes avec Google Flights, mais il n’a pas créé une compagnie aérienne.

Le moteur de recherche avance par contre sur la construction de son quartier à Toronto et fait quelques tests pour loger ses salariés. Facebook aussi. De plus, le réseau social a lancé une catégorie immobilière sur sa marketplace et fait des partenariats forts dans de nombreux pays (Le Figaro, La Boite Immo, ParuVendu et Ubiflow en France, par exemple) et vient clairement concurrencer les portails! Vous pouvez retrouver toutes les avancées des GAFA sur l’immobilier dans l’excellent article d’Arnaud à ce sujet.

Ma vision est que ces acteurs ont deux enjeux :

  • Intermédier les secteurs qu’ils peuvent intermédier (immobilier compris). Ce sont des plateformes de publicités, mais surtout des acteurs technos, pas terrain. Ils ont une maîtrise quant à savoir toucher la bonne personne au bon moment pour leur vendre des choses.
  • Placer leur technologie dans les maisons et appartements de tous les citoyens! (Alexa, Google Home, Jarvis et tout ce qui va y être relié! #IoT)

D’ailleurs, le mouvement d’Amazon en est un parfait exemple. Vous avez entendu parler de TurnKey? L’association entre Realogy (Century 21, ERA, Coldwell Banker, etc.) et Amazon aux États-Unis. Le sujet est intéressant quand on le regarde via le prisme d’Amazon. Il répond aux deux objectifs précités. L’idée est qu’Amazon génère des leads immobiliers via sa plateforme TurnKey pour les agences du groupe Realogy. Et, en cadeau, il offre 1000 à 5000 $ de produits Amazon Home Services. Le géant de la marketplace va dorénavant pouvoir tester son pouvoir de génération de leads sur l’immobilier avec l’un des plus gros acteurs américains. Le concurrent direct, c’est Zillow. Amazon est-il donc un nouveau portail immobilier en devenir? Les tests sont en place de son côté.

Et en plus, il va pouvoir placer ses produits IoT dans les maisons américaines… Que demander de plus?

Allons maintenant plus au sud.

QuintoAndar : la nouvelle licorne de l’immobilier est sud-américaine

Qui l’aurait parié? Et dans la location, qui plus est. J’en avais parlé dans mon édito de la rentrée de l’année dernière. La prochaine vague toucherait la location et la gestion locative. De là à voir une startup devenir une licorne… Pourquoi pas? Ce qui est intéressant encore une fois, c’est que QuintoAndar ne fait ni plus ni moins que de la gestion locative traditionnelle. Avec de la tech et du jus de cerveau pour résoudre les problèmes locatifs des Brésiliens, mais ça reste très métier. Tout a commencé par la mise en location.

QuintoAndar annonce faire passer le processus de mise en location de 1 mois à quelques jours! Il permet de tout faire online (réserver la visite, signer le contrat, etc.) et se positionne comme garant pour les locataires, la validation des dossiers financiers se faisant via un algorithme qui automatise le processus (sa seule vraie innovation technique pour le moment…).

Il a levé 345 millions de dollars et emploie 1000 personnes. Son objectif est de faire 4500 mises en location par mois d’ici fin 2019! Mais son ambition va maintenant au-delà de la simple location. Avec toutes les datas qu’il traite, il vise à sortir des outils pour les promoteurs et les investisseurs (savoir où construire, connaître la rentabilité locative, anticiper les hausses et les baisses). Dans un monde où la location prend de plus en plus de place, est-ce que maîtriser les données immobilières sur la location, ce n’est pas la meilleure position pour connaître, comprendre et anticiper le marché immobilier?

Pour revenir sur les licornes, tout le monde sait que c’est un mythe. Un mythe dont on parle de plus en plus. Mais ces valorisations, notamment sur la Proptech, ne sont-elles pas qu’imagination? Que légendes pour grands enfants qui aiment jouer à la finance?

Proptech : que valent vraiment les boîtes de la Proptech?

Apparemment, WeWork n’était pas assez bien accompagné pour son entrée en bourse d’il y a quelques semaines. Il n’a même pas tenté sa chance. La boîte la plus valorisée de la Proptech (47 milliards selon les investisseurs) a vu sa valorisation considérablement baissée quand sont passés les fins limiers de la finance (qui l’ont estimée autour de 15 milliards…). WeWork a donc décidé de repousser son IPO. Les frasques de son (dorénavant ex) président n’ayant pas aidé. Pourtant, dans le même timing, l’un de ses concurrents les plus sérieux (Knotel) devenait une licorne, après avoir investi fortement dans la boîte française Deskeo.

Au-delà du simple sujet de WeWork, se pose la question de cette Proptech. Les startups qui se revendiquent comme étant des Proptech sont-elles vraiment des entreprises de la tech? Je vous invite à lire la suite d’articles de Mike sur les chiffres de Compass, l’entreprise américaine valorisée 6 milliards (quand Realogy – l’un de ses concurrents directs – est seulement valorisée 1 milliard au NASDAQ quand il enregistre pourtant 42 fois plus de transactions!!!). Finalement, Compass ne serait-il pas simplement un réseau d’agences immobilières? WeWork, simplement un loueur de bureaux? Pourquoi sont-ils alors valorisés comme des entreprises techs? Cela risque de remettre en question les investissements sur la Proptech. Une entreprise vaut ce qu’un acheteur est prêt à payer.

Les investissements de SoftBank ne mettent-ils pas tous ces investisseurs de côté? Est-ce que ça ne concerne que les entreprises dans lesquelles a investi SoftBank? N’est-ce pas un problème lié à l’ensemble de la Proptech? Finalement, ne devrait-on pas juste regarder les chiffres, les problèmes résolus, la qualité des solutions et la taille du marché au lieu de parler que de technologie?

Ne souhaitant pas vous laisser seulement avec des questions en suspens, voici la dernière expertise Immobilier 2.0, dans laquelle on parle de ce sujet avec Arnaud!

Bonne rentrée à tous, et n’oubliez pas : l’immobilier reste un métier de terrain.

à propos

Vincent Lecamus

Article rédigé par Vincent Lecamus

Passionné par l'innovation, Vincent est en veille constante pour dénicher les technologies et tendances qui vont impacter le secteur immobilier. Quand Vincent n'est pas occupé comme journaliste sur Immobilier 2.0, il développe de nouveaux projets entrepreneuriaux et coach des ... Lire la suite

Débats et commentaires de la communauté

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  1. Helene Ferrari
    Helene Ferrari says:

    Merci pour cet édito très intéressant. J’adore tout particulièrement votre dernière phrase 😉
    Belle rentrée à tous, Hélène